poesie
Un monde fermé et gris beaucoup trop grand

Partie si loin, la vie folle démolition,
Mes nuits succèdent à l'ennui, le rien au néant,
Devenue ce petit être sans gravitation
Dans un monde fermé et gris beaucoup trop grand.
Solitude et vide blêmes s'épousant,
La mariée est ridée, son sein est crispation,
Fée maline donnant ses félicitations
Aux éclopés d'un jour, de toujours se liant.
La tombe est sans couvercle, sans finitions,
C'est une chute dans un abîme dément,
Des choses qui affligent le pauvre innocent,
Nue face aux Titans me voilà prostration.
L’œil du berge ne brille plus, ô frustration !
Les sherpas titubent, ils se perdent errant,
Une seule larme dans ma désolation,
Figée, je pleure la fin du temps indolent.
L'ange est parti à minuit
L'ange est parti à minuit, je l'aimais !
Plus fort que les héros morts dans la pierre,
Plus fidèle qu'un voilier arrimé,
Plus pur que le souffle d'une rivière.
Maman, l''air des sables te parfumait,
Tu vis en moi, tu inspires à jamais.
Sur la motte et la tombe de bruyères,
Les anges chantent : "l'or naît de poussière".
Le sixième pilier
Les vents des dunes font les lits,
La caravane se délie
Du lien en cuir épais, tanné,
Qui dit l'élan, la poignée.
Les bannis ont trouvé le nid,
Le cumin vêtit le laurier,
Six cuillères dans un seul mets,
La semoule roule, nourrit.
Du jasmin près de mon tapis,
C'est en reine que j'ai dormi,
Sous son toit, des lettres mariées :
« L'hôte est sixième pilier ».
Moins las, il m'offrait les lilas
Face au miroir avec fracas,

"Toi, regarde, prends garde à toi",
Ainsi donc, de mon fier éclat,
J'ai trouvé l'Autre mille fois.
L'être avait l'habit ici-bas,
J'étais poétesse du roi,
Posant les syllabes sur moi,
Moins las, il m'offrait les lilas.
J'ai vogué là-bas, ça et là,
Voiles tendues à l'angle droit,
Je creusais les lits de taffetas,
Comme j'étais sûre de moi !
Et je me suis couchée sans roi,
C'était la fin de mes lilas,
La solitude prête est là,
"Je meurs sans un bruit avec toi".
La statue émue
Ce n'était pas une vaine passion,
C'était la sienne fière obsession,
Sa robe prête, finement bruissante,
Un rubis aux lèvres déjà frémissante.
Danse des âmes moulées lancinante,
Elle, muse, vivant leur création :
Statue scellant l'étreinte, fascinante,
Émue, témoin de leur adoration.
La fée ne dit pas encore, aimante,
Que leur temps est là, gravé. Il cimente
Le caveau de marbre des illusions,
Des jeunes et beaux morts après éclosion.
Ce jour là, j'avais tout juste vingt ans
Ce jour-la, j'avais tout juste vingt ans,
Une senteur de fleurs libres battant,
Le fauve des natures indociles,
L'œil ému, des étoiles plein les cils.
Mon coeur vêtu de rose, palpitant,
Elle était belle, lui murmurait-il,
Du patio au sofa, le désir ôtant
Les dentelles souples comme le fil.
Mes ailes étaient lisses, l'élan agile,
Le reflet parfait brillait sur l'étang,
Il reculait, il était loin le temps,
Oh ce jour là, la vie était facile.
D'un côté de la Méditerranée
D'un côté, ma mère était bien claire, 
De l'autre, mon père bien basané,
Entre ces deux-la, l'eau dansait si claire,
Neptune fier chantait leur élan né,
Le velours doré vêtit les fougères,
Curieux est l'artiste halluciné,
L'arc en ciel dit au dessus de la mer,
Que de la palette la beauté naît,
Le clair-obscur que la lune a dessiné,
A bercé fidèle les destinées,
L'ombre rassure le soleil, légère,
Les coquilles s'ouvrent, c'est le repère.
La petite connasse
Les passants urbains
Dans ce jardin, ma mélancolie passe,
Sur mon banc, je vole l'élan fugace,
J'écoute, j'observe les fioritures
Des passants urbains que l'herbe rassure.
Les couples modernes disent l'usure,
Tout près, l'homme, sa femme cachée s'agacent,
Les pieux viennent s'aimer avec audace,
Les fleurs se lèvent, l'air de bonne augure.
Les lions se terrent pour pleurer la race
De ceux se voulant forts, un jour se cassent,
Vivons ta peine, dit franche nature,
Je suis témoin des secrets qu'on murmure.
Les amants se cherchent du nez, s'embrassent,
Les coquettes avancent avec allure,
La jeunesse et l'insolence dépassent,
Moi, je suis seule avec mon écriture.
Les buveurs se noient avec leurs fêlures,
Les feuilles cachent ceux sans carapace,
Le troc du pauvre que la vie harasse,
On ne juge pas, dit l'arbre mature.
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