La récré
Cool ! Me voilà pleinement propulsée
Dans le monde des marmots enchanté,
Dring ! Dring ! C'est l'heure de la récréation !
Ils courent en bouillonnante condition.
Tornades, toupies, en ébullition,
Le ballon vole d'une tête à un pied,
L'un tombe, repart vite dans l'action,
Ces années où se penche la destinée.
Aïe ! Voilà un autre qui est tombé,
Du sang ! Opération désinfection,
Déja dehors comme si de rien n'était,
Sans bleus à l'âme, rouge d'émotion.
Fillettes jouant à l'élastique à sauter,
Plus haut encore, volant vers les fées,
Coquettes, barrettes en décoration,
Colorées comme leur vie en éclosion.
Suis dans un problème de robinet,
Replongée dans les multiplications,
Sales mômes, gentils, disciplinés,
Anges ou démons, tous ont eu l'attention.
Ballon sur ma tête sans gravité,
Suis-je en train de faire une projection ?
De mon enfance à jamais terminée ?
C'est sûr, j'ai pris une récréation.
Hémoglobine
Rouge, déambulant gaiement dans l'artère,
Réponse à l'acidulée romantique,
Blanc, déployé, se mouvant, atypique,
Bien fragile dans son aura de verre.
"Docteur, je palpite, je m'accélère,
Vais-je mourir sans la fin de ces vers" ?
"Eh non ! C’est complètement somatique,
Allez plutôt vers le corps psychiatrique".
Un microbe fou sévit en plein air,
Des trop informés du pathologique,
Chronos fait tinter le temps de concert
Avec l'hypocondrie. Suis-je sans logique ?
En cette journée, je suis bien nostalgique,
Ce soir, j’attends mon ami va-t-en guerre,
Il est poli, déontologique,
"Je t’ai toujours attendu, cher cancer".
La mariée
C’est à l'Ego qu’elle parle, clarté est sise,
Ce beau jour, elle convole, lui et elle se brisent,
Sous le poids des mois, des ans, chancelants
Des têtes à têtes avec soi même si lassants.
C’était son dernier jour sous le toit maternant,
La chance joyeuse esquissait ses pas dansants
Susurrant à la demoiselle qu’elle était éprise,
Légère, elle riait d’erreurs d’antan si exquises.
Émue par le souvenir de la douce brise
De ses vingt ans butinant ici, à sa guise,
"Sois sereine, tu es reine ma belle enfant,
Tu seras gaiement à l’abri des chats errants".
L‘homme sous le balcon de roses la courtise,
Nymphe qui par ces suaves offrandes se grise,
Parée des dentelles opalines, s’admirant
Devant sa psyché, soies d’un ailleurs s’envolant.
Troublée, de quelle force était-elle sous l’emprise ?
La lune noire guidait ses pas vers l'auvent,
D‘un coup, frappée par l’horreur, elle s’immobilise.
C’était seule qu’elle allait convoler pour le temps.
"A l'enfer d'Orphée, déja mort, tu m’as promise" ?
Furieuse, de vifs soubresauts elle était prise,
Elle hurlait : "Non ! Pas la femme d’un seul printemps" !
Ongles dans la terre, la blanche robe en fragments.
Sur la dalle glaciale, elle était prostrée, assise
Laissant sa place à la diabolique analyse,
Et que cesse l’écho de l'Ego incessant,
L’image se pressa en elle en un instant.
"Toi l'Ego, je te crèverai pour cette méprise,
J'ai creusé ta tombe ouverte pour le temps,
Y jeter la robe rouge de sang que gise
L’épitaphe où je graverai le mot néant".
La contrée du silence
"Voyageur du désert, tu sembles en errance,
Quelle est cette contrée qui te pousse au silence ?
Ta voix est muselée de points de sutures,
Raconte-moi, ta frustration me paraît si dure".
"Des pas me suivent, je ressens leur ombre obscure,
L’écho peut réveiller leur vile surveillance".
"Ici, les mots s'échappent sur le vent en mouvance,
Seul le soleil pourra attiser tes brûlures".
"Pacha et vizirs se gavant sous les dorures,
Plaçant pions, espions, sans cesse, en toute arrogance,
Chiens sans laisse faisant promesse d’obédience,
La liberté n’étant qu’une lointaine cassure.
La cour des faux rois pourris dans leur indécence,
Les pas mitraillant de leur perfide censure,
Les pages fausses des lettrés sans écriture,
Qui n’ont que la loi pour farce de sentence.
La main bien articulée saignant de sa lance,
Les insoumis désarticulés sous torture,
Les loyaux vite écartés dans leur impuissance,
Le peuple droit étouffant pour un meilleur futur".
"Mais quel est ce pays qui te met en souffrance" ?
"Vois son nom, le sable effacera sa présence".
"Compagnon, ton histoire est une triste aventure,
Les révolutions font trembler les dictatures".
Le tambour
Lave stridante embrase mon corps, 
Et il répond, il palpite, le cœur,
En résonance à l’esprit meneur,
Au son du tambour fermant le décor.
D’une danse émouvante, d’abord,
Le duo effréné tournoie en chœur,
Vite, je suis les timbales du coeur,
Barres tapant dans le poitrail du corps.
L’esprit soudain plâtré dans mes erreurs,
Et ce stress, dans ce sein, en vains efforts,
Sous le tambour, ses énormes accords,
Frappant allegro sur mes pires peurs.
"Amie raison, je t’ai pourtant donné l’or,
Tu me laisses, disloquée à mon sort" ?
Mais elle me répond dans toute sa candeur,
"As-tu peur de l'indicible malheur ?
La vie coule dans tes petits doigts, fleurs
S’essayant à pousser avec bonheur,
Peut-être l'esprit survivra au corps,
Vois, tu es en vie ton coeur bat encore".
L'Ego
"Tiens, te revoilà mon Ego,
J'avoue, j'ai cru t'abandonner,
Pas bougé pendant ces années ?
Tous les jours transi près de l’eau ?
Malgré le globe sillonné,
Souvenirs qui t’ont imprégné,
Te revoilà l'oeil face à l’eau,
Plus réel que l’ami Godot ?
Tu es pourtant enfant bien née,
Poupée joliment façonnée,
Mais l’orgueil est moins sot,
Et d’un coup ! Tu tombes à l’eau !
Je t’ai si souvent cloisonné,
Satané fantôme borné,
Tu croises toujours les seuls beaux,
Les demoiselles à vieille peau.
Encore ici face à l’Ego ?
D’accord, je te sors hors de l’eau,
Debout vieux loup, tu m’as gagnée,
Moi et toi pour ma destinée".
Le lit de l'oubli
J’ai plié parfois raide de dépit,
J'ai entendu, senti tant de folies,
Caché mon être d'une étole en plis,
Vêtue de ces dire qui m’ont bâtie.
Délits délibérément embellis,
Délicieux et libres loin des orties,
Indélébile empreinte peu abolie
D’un Ego empêtré dans les on-dit.
De ce fier mâle construit d’appétit,
La peau parle, s'enlise sur ce lit,
Promesses d’une ondine assujettie
A l’étreinte hâtivement accomplie.
Près du corbillard, l'âme suit polie,
Lignée des aïeux graves de non-dits,
Echos aliénants des illégitimes lits,
Liesse des nantis, paresse des maudits.
Le destin hérité, subi, qui crie,
S’éloigner des dits trahis des harpies,
Ces suppliques de ce corps qui se plie,
Impies supplices dans le lit de l’oubli.
Rose en vie
Quête de désirable osmose,
Parer de clair pastel mon corps épris,
Vaporiser l’essence de rose,
Arrogance face à la rose qui gît.
La dame névrose, son nerf d'envie,
Pulsion d'instants pourpre ou rose,
Robe parfumée du Héros conquis,
Fanée près du bouquet en ce soir rose.
Sentir la fin gracile de la vie,
Le linceul pâle enrobé de roses,
Près des pétales, gardez mes joues roses,
Elles ont été si roses d’être en vie.
Quelle heure est-il ?
Elle tourne, elle tourne, l’heure des leurres,
Tournoie le verre vide aux mains du tombeur,
Futé s’en fut au fût au bras d’une blonde,
Fière dégustation avec déjà la seconde.
"Pas de stress, je prends ma pression blonde,
A sept heures", s’empresse la seconde,
"Levée à quelle heure" ? s’enquit demi-heure,
Blondes boucles emmêlées à six heures.
"Moi jamais seul", rappelle le quart d’heure,
"Mais toujours dans les bars à la bonne heure,
Pas grave, ce n’est que ma seconde",
Tocards tournent en rond telle la seconde.
"Et ma foi, Moi, mon foie, foi de docteur" ;
"Tournoie, tournoie, compteur", rappelle l’heure,
"Toi Surmoi" ? minaude la seconde,
"A ta santé", dit la coiffée blonde.
Si lisses acquis
"L’Ego, allons voir Parigot,
Portons en nos becs un brûlot,
Notre esprit nous a invités",
Léger paraissait l’air d’été.
Pas allègre au gré des expos,
Verbe empâté face au tableau,
Et l’envie d’emplâtrer le nez
D’un faussement infortuné.
Quelques rots sur son apéro,
Argot originel gommé,
Vite élevée, elle paraît,
"Oh ! Toi tu brilles de si haut" !
"Redescends aussi mon Ego,
Un rien cultivé demandé,
Pour éclairer sans dénuder,
La précieuse, la bouche en ô".
Trouver certains quittant le lot,
Fut une lourde épopée,
Je n'ai croisé que des mythos
Chevauchant leur folle destinée.
La vie en voulait à ma peau,
"Chérie, tu es bien attristée,
Trop en demande de l’intérêt
Pour t’attabler près des si beaux".
Aux excités de la cité,
Cette énergie pour occulter
La solitude sans Ego,
Miroir vide sans aucuns maux.
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